 
|
Un peu d'histoire de la politique
énergétique
"Si l'on a choisit des structures
centralisées pour la distribution de
l'électricité, ce n'est pas parce qu'elles étaient
en soi "plus économiques". C'est en réalité parce
que le transport de l'électricité peut se faire d'une
manière beaucoup plus rapide et plus propre que celui des
combustibles. Cela pèse d'un très grand poids dans
l'approvisionnement des villes en énergie. Pour le comprendre,
il faut connaître l'histoire de la distribution de
l'électricité.
A l'origine, deux pionniers ont
défendu deux concepts opposés de la distribution de
courant, déclenchant un conflit industriel sans pitié.
Les deux protagonistes étaient Edison et Westinghouse. Edison
imaginait que l'on produirait de l'électricité dans
chaque maison, chaque foyer fonctionnant ainsi en autarcie
énergétique. Westinghouse lui, considérait qu'il
fallait acheminer l'électricité jusqu'aux maisons
à l'aide de câbles.
Dans les conditions qu'implique une production électrique
à partir de combustibles fossiles et d'énergie
hydraulique, cette organisation-là est le meilleur
"système" possible. L'électricité issue de
l'énergie hydraulique ne peut pas être produite dans les
villes, il faut donc la transporter jusque là, en passant par
des câbles. Ceux-ci fournissent l'électricité
à domicile de manière rapide et propre.
L'idée d'Edison exigeait
pour sa part qu'on livre les combustibles fossiles dans chaque maison,
ce qui impliquait l'existence de nombreux points de combustion dans les
villes, où les chauffages au charbon rendaient
déjà l'air étouffant. Son était certes plus
libérale mais elle était moins confortable et engendrait
une pollution directe plus importante pour les citadins."
Extrait de "L'autonomie
énergétique" de Herman Scheer, Actes Sud, 2007,
page 92.
A la
Libération, on
trouve du gaz naturel à Saint-Marcet en Haute-Garonne. La
reconstruction est lancée. Pierre Guillaumat, patron de la
Direction des Carburants au Ministère de l'Industrie et du Commerce
(appellation de l'époque), prend la parole en 1948 et énonce
au Ministre Marcel Paul, les principes qui vont être ceux
adoptés pendant des décennies :
"le prix départ du baril de
brut est en baisse continue et elle ne cessera pas. Les hydrocarbures
deviennent l'énergie la moins chère dans le monde.
Désormais la filière thermique avec les hydrocarbures
comme combustible primaire, a un prix du kWh compétitif. En
outre les investissements nécessaires pour installer un
système de production thermique ne sont pas plus coûteux
que ceux demandés par une installation
hydro-éleclectrique, et les délais de construction du
thermique sont plus réduits à puissance égale. La
France doit donc s'engager dans la voie du thermo-électrique
utilisant les hydrocarbures en tant que combustible primaire".
Cette politique date de 1948
avec les "orientations Guillaumat" : l'énergie électrique
est produite par des centrales
thermiques au pétrole. Le
"tout-pétrole" accompagna les "trente glorieuses" mais à
cause d'une raréfaction momentannée prise en
représailles des pays membres de l'OPEP, le choc
pétrolier révéla que cette politique
énergétique avait des faiblesses.
En 1974, P. Guillaumat
étant pilote du programme nucléaire pour la
stratégie de défense nationale, il participa au basculement du
"tout-pétrole" au "tout-nucléaire".
Aujourd'hui, nous sommes dans cet héritage, un système
électrique dont on peut faire l'histoire élogieuse d'un
côté mais que l'on peut critiquer d'autre part étant donné certaines
possibilités offertes par les énergies renouvelables,
possibilités qui sont nettement meilleures.
Haut de
page
Un peu de pédagogie sur
l'énergie
Très
souvent, le
débat sur la politique énergétique est
surréaliste du fait que les protagonistes de savent pas
réellement de quoi ils parlent. C'est tellement vaste et
les pièges sont si nombreux. Nous nous sommes vus adressé
des lettres de députés discutant d'énergie et
confondant les Watt et les Watt-heure. Non pas que ce soit
abérant, mais force est de constater que ce n'est pas simple de
discuter sur ces bases.
C'est qu'il y a de quoi s'emmêler les pinceaux ! Prenons un
exemple qui nous a marqué. Quand l'opérateur public EdF a
du se diviser en trois sociétés distinctes pour les
besoins européens de libéralisation du marché, la
branche qui produit et qui vend l'électricité a choisi le
nom : "EdF Branche Energies". Ceci signifie litéralement :
"Electricité de France, branche des énergies". Nous ne
savons plus si à l'origine de l'univers, il y a
l'électricité et puis est apparue l'énergie ou
l'inverse !
Pour rétablir un peu de clarté, nous pouvons nous appuyer
sur un diagramme que l'on trouve à quelques détails
près dans tout dictionnaire : le diagramme de conversion des
énergies.

- L'énergie,
c'est
ce qui permet d'effectuer un travail. Ne cherchez pas une autre
définition dans le dictionnaire, vous vous feriez peur.
- Aucun
être vivant
sur Terre ne crée ni ne fait disparaître de
l'énergie. Tout ce que nous faisons, nous autres êtres
vivants, c'est prendre de l'énergie sous une forme quelque part
et la transformer dans d'autres formes pour accomplir des travaux. Par
exemple, nos muscles sont des systèmes qui transforment de
l'énergie chimique en énergie mécanique.
Complètez le diagramme ci-dessus avec des exemples de
systèmes que vous connaissez pour chaque flèche, ce n'est
pas si facile de remplir tout le schema !
- La
puissance d'un
système de conversion d'énergie, c'est en quelque sorte
sa capacité à fournir une conversion plus ou moins
rapide. Intuitivement, plus quelqu'un court vite, plus son
système musculaire est puissant. On pourra dire : c'est un
système capable de fournir 300Watt d'énergie
mécanique car le Watt est l'unité de puissance. Si un
athlète peut fournir 400 Watt, alors il peut courir plus vite
que celui qui peut fournir 300W. Mais le même athlète
pourrait fournir une puissance de 400W en poussant un bloc de
béton de 3 tonnes, auquel cas il n'avancerait pas d'un pouce
mais il continuerait à fournir 400W de puissance
mécanique ! Dans une descente, un cycliste ne fournit plus du
tout d'énergie aux pédales : la puissance qu'il fournie
est nulle mais il va vite ! Scientifiquement, 1 Watt = 1 Joule / 1
seconde.
- L'énergie,
c'est
la somme des puissances. Par exemple, à la première
seconde de la course, l'athlète fournit 400W, puis à la
deuxième seconde, il fournit 400W, et ainsi de suite pendant 10
secondes. Alors l'énergie qu'il a fournie est la somme de ces
puissances : 400W x 10s = 4000 Joule.
- Le
Watt-heure, c'est
une unité d'énergie traditionnellement utilisée en
France pour comptabiliser l'énergie électrique. C'est
ainsi. Cela correspond à un système qui a fourni 1W
pendant 1h ou bien 2W pendant 30 min, ou bien 0,5W pendant 2h. Cela
correspond aussi à 3600 Joule puisque dans une heure, il y a
3600 secondes. Mais le Watt-heure est une unité d'énergie
et peut aussi s'employer pour les autres formes d'énergie :
500Wh d'énergie mécanique, d'énergie chimique, etc.
Haut de
page
La compréhension populaire de
l'énergie
L'énergie est un domaine qui
se comprend progressivement avec l'âge et l'expérience. Lorsque l'on est gamin, la
première expérience avec l'énergie est en rapport
avec le corps. Très tôt, on constate, sans
forcément le comprendre dans le sens énergétique
des choses, que le corps est une machine qui a des capacités de
travail et donc de fourniture et de dépense d'énergie.
A l'école primaire et au collège par exemple, on fait du
sport et notamment, on s'essaye à deux types de course à
pied : la vitesse et l'endurance. Certains préfèrent le
"60 mètres", d'autres préfèrent les "20 minutes".
Ceux qui préfèrent le "60 mètres" ont des corps
qui fournissent beaucoup de puissance, en Watt. Ceux qui
préfèrent le "20 minutes" ont des corps qui fournissent
beaucoup d'énergie, en Joule ou en Watt.heure.
Voici un schema de hiérarchisation des niveaux de
compréhension de l'énergie (lire du bas vers le haut) :

Il semble difficile de comprendre chaque étage
sans avoir quelques notions dans les étages en-dessous.
Le
système éducatif français
Depuis trente ans, l'éducation populaire à
l'énergie se résume à un poster en classe de
3è ou 4è, montrant une centrale hydro-électrique
et une centrale nucléaire.
L'éducation à l'énergie n'est pas là pour
favoriser telle ou telle solution de production d'énergie, elle
a pour objectif de donner aux enfants les moyens de raisonner en termes
énergétiques sur la vie de tous les jours.
Par exemple, lorsque l'on connaît les principes de la sensation
de chaleur sur la peau, on sait se choisir des habits pour se
protéger des aspects négatifs du climat, on sait aussi
plus tard choisir et adapter son logement pour le confort que l'on
désire y trouver.
Haut de
page
Eloge du système
électrique décentralisé
Extrait de l'"autonomie
énergétique"
On l'a vu en
introduction, à l'origine, on a choisi de développer de
grands réseaux électriques pour éviter de produire
l'électricité en brûlant le pétrole chacun
chez soi et parce que la production hydro-électrique qui
complémentait les centrales thermiques fossiles le
nécessitait. Voici ce qu'écrit Herman Scheer :
"Le contexte qui a
incité à choisir le modèle d'approvisionnement
électrique reliant de grandes centrales de production a
cependant tendance à devenir caduc dans le cas des
énergies renouvelables. L'utilisation de l'énergie
solaire pour la production d'électricité autonome et
décentralisée n'exige plus de transports de combustibles.
La "fourniture" des rayons solaires se fait d'elle-même et ne
coûte rien. S'y ajoute la possibilité de transformer en
électricité le biogaz issus des nombreux
déchêts alimentaires dans les villes, de la production
d'énergie électrique à partir d'énergie
éolienne dans des zones situées à proximité
des cités ou des zones rurales.
Même si cette mission est assurée par des syndicats de
l'électricité, on a pas besoin de grands réseaux
de transport. Au contraire, les réseaux existants seront
d'autant moins surchargés que la production et la distribution
électriques décentralisées se propageront. Les
coûts supportés par les utilisateurs du réseau
augmenteront donc si celui-ci - dans le cadre d'une
libéralisation équitable pour tous les participants au
marché - n'est plus cofinancé par ceux qui ne l'utilisent
plus qu'en partie ou plus du tout. Cela en incitera beaucoup à
passer à la production et à la commercialisation
décentralisées. Le système traditionnel perdra les
avantages économiques qu'il présentait jusqu'alors.
L'approvisionnement énergétique se fragmentera. Outre
l'électricité distribuée par un syndicat, on
trouvera des productions centralisées couvrant les besoins du
producteur et ceux du voisinage. Ou encore des production par quartiers
et d'autres destinées à de petites villes, totalement
autonomes ou complétées par des câbles d'appoint.
La distribution d'électricité reviendra à la
vision d'Edison, le pionnier de l'électricité. Cette
vision n'est praticable que sur la base des énergies
renouvelables et le retour à ce système ne sera ni
complet, ni immédiat mais progressif."
Extrait
de "L'autonomie
énergétique" de Herman Scheer, Actes Sud, 2007,
page 93.
Faire cuire un oeuf au
nucléaire
Voici la chaîne énergétique « faire un
cuire un oeuf au nucléaire » :
- J'ai besoin de chaleur
- on extrait de l'uranium naturel dans une carrière au Niger
- des ouvriers sont atteints de maladie et meurent par inhalation des
poussières d'uranium mais Areva refuse depuis longtemps de le
reconnaître et de le prendre en charge,
- on amène l'uranium dans la centrale Erodif dans la
Drôme, qui consomme trois réacteurs nucléaires pour
enrichir l'uranium
- ca fait des déchêts, il y a des effluves chimiques, il
faut des centres de recherches, il faut des chercheurs, on est en train
de vouloir construire une nouvelle usine d'enrichissement à
côté,
- on amène l'uranium enrichi dans la centrale nucléaire
- on met en oeuvre la réaction de fission nucléaire,
- il faut refroidir en permanence le réacteur car sinon au bout
de 30 minutes, c'est la fusion, accident de type Tchernobyl
- il faut traiter sur place les premiers déchêts, les
séparer avec des agents chimiques, rejeter ces effluves
chimiques et rejeter les déchêts nucléaires que
l'on ne veut pas stocker, comme le tritium qui est intégralement
rejeté dans la Garonne et dans l'air à Golfech,
- pour les déchêts radioactifs, on les stocke sur place,
puis on les envoie à La Hague pour y être
séparés, on sait pas trop pourquoi mais ca coute cher.
- il faut des commissions d'enquête, il faut des laboratoires,
des chercheurs, des rapports parlementaires, des instituts pour
chercher quoi faire de ces déchêts,
- il faut construire un centre d'enfouissement à bure, qui
coûte très cher, par rapport à un stockage en
surface, mais on ne sait pas bien pourquoi non plus on fait cela,
- la centrale fonctionne avec du personnel sous-traitant qui une fois
la dose d'exposition à la radioactivité atteinte ne peut
plus travailller dans le secteur exposé
- il faut distribuer 60 000 boîtes de pastilles d'iodes aux
alentours de Golfech, à 5 euros la boîte, ca fait 300 000
euros payés par la collectivité.
- alors ca fait de la chaleur,
- on convertit en énergie mécanique,
- on convertit en énergie électrique,
- on transporte l'électricité sur des centaines de km
- on a des disjoncteur de grande puissance chez soi
- on met en oeuvre l'effet Joule ou bien les courants de Foucault
(plaque à induction)
- on a de la chaleur pour faire cuire l'oeuf.
Faire cuire un oeuf au biogaz :
- dans mon quartier, on trie les déchêts verts
- on amène les déchêts verts dans un digester
- on met en oeuvre la fermentation anaérobie,
- ca produit du gaz, à 75% composé de méthane
environ
- on transporte ce gaz dans un réseau de gaz jusque chez moi
- j'ai une gazinière avec un brûleur d'au moins 1 ou 2 kW
- je fais brûler le biogaz, j'ai de la chaleur pour faire cuire
l'oeuf
Le tout-électrique de nos
maisons est une
aberration
Une aberration, selon
le dictionnaire, c'est une erreur de
jugement. Il suffit de comparer les énergies. Pour faire
de la chaleur dans les bâtiments, le bois par rapport à
l'énergie électrique nucléaire, à confort égal :
- le
bois, c'est moins
cher, de 3 à 5 fois pour un particulier, installation comprise,
- cela
procure
l'indépendance vis à vis des importations fossibles et
nucléaires,
- c'est
plus efficace, un
poêle à double combustion atteint 80% de rendement,
- cela
ne produit pas de
gaz à effet de serre, sauf si la découpe et le transport
sont réalisés avec du pétrole,
- cela
ne produit pas de
déchêts radioactifs encombrants, coûteux,
- cela
ne fait pas peser
de risque d'accident radioactif, même petit,
- cela
crée plus
d'emplois et répartis sur tout le territoire.
Mais certains ont de gros
intérêts la-dedans : M. Bouygues par exemple
- possède des
sociétés qui font le béton des centrales
nucléaires - l'EPR en Finlande par exemple,
- possède des
sociétés qui font des bâtiments chauffés
à l'électrique pour rentabiliser les centrales
nucléaires,
- possède TF1 pour
faire la publicité indirecte de tout ce système.

La boussole est le premier instrument dont il faut se servir au tout
début d'un projet de construction.
Haut de
page
Quelques critiques et données
sur l'électro-nucléaire
Les
déchêts radioactifs
L'usine de Golfech en 2002 (source EdF) :
- a produit 19 milliards
de kWh électriques,
- a généré
50 tonnes de DHAVL (Déchêts radioactifs Haute
Activité à Vie Longue)
- a rejeté 2300 GBq de
tritium radioactif (H3, cancérigène) dans l'environnement
: dans la Garonne à deux kilomètre en aval et dans l'air
par la cheminée de 70m de haut.
Certains déchêts
ont une durée de vie au-delà de 25000 ans. Leur gestion
étroite est obligatoire car la nocivité pour la
santé est très forte. Certains déchêts
générés en 2005
seront toujours dangereux pour la santé quand l'humanité
aura traversé 2 changements climatiques.
Le
risque d'accident majeur
La sûreté nucléaire est un domaine où la
France est forte : c'est en considérant que l'accident est
inévitable que l'on arrive aux meilleurs résultats en
terme de vigilance et de prévention. Un des plus graves
incidents
ayant eu lieu en France s'est produit les 27,28 et 29 décembre
1999
à la centrale du Blayais, près de Bordeaux, voir par
exemple ce
résumé des évènements.
Sur les conséquences d'un accident grave, on se focalise souvent
sur le nombre de morts, comme c'est le cas pour Tchernobyl avec ces
interminables querelles de procédure de comptage. On ne pense
pas toujours aux survivants.
En cas d'accident majeur à la centrale nucléaire du
Blayais, sur l'estuaire de la Gironde, qui des survivants accueillera
les touristes venus déguster les vins du Bordelais ? Personne
puisqu'il n'y aura plus de touriste pour très longtemps. J.
Lovelock considèrera sûrement que ce serait une chance
pour l'environnement Bordelais de ne plus avoir d'humains sur son sol
ayant le train de vie actuel. En raisonnant comme lui, on pensera
volontiers que ce serait une chance pour la planète de plus
avoir de français sur le sol français après 58
accidents majeurs. On constate dans la région de Tchernobyl
qu'on peut y vivre après une catastrophe nucléaire : on
trouve des réfugiés Tchétchènes mais on ne
trouve pas beaucoup de résidences secondaires d'hommes
politiques français pro-nucléaires, ni de boîtes
branchées pour la Jet Set.
Le
nucléaire français a été construit sur de
mauvaises fondations
Les ingénieurs américains de Westinghouse qui, dans les
années 70, ont vendu les réacteurs aux ingénieurs
français, n'intégraient pas le coût du
démantèlement dans leurs calculs de rentabilité
[information obtenue de vive voix d'un de ces ingénieurs
vendeurs]. Lorsque les ingénieurs français vendent en
2005 des centrales EPR aux islandais, aux chinois, intègrent-ils
le coût du démantèlement et comment font-ils alors
pour arriver à leur vendre ? On dit que le véritable
coût de l'électricité nucléaire est le
double de ce qu'il est mais comment savoir si tout est pris en compte,
coût de la recherche, par exemple pour la proposition de
l'enfouissement profond à Bure, des sommes importantes sont
dépensées.
Le
coût masqué de l'industrie à risques rend la
progression des alternatives impossibles
Le véritable coût du nucléaire est masqué
dans les impôts. Aussi, pour se mettre à son niveau de
prix, il faut être fortement subventionné. La subvention
d'une alternative est une remise en cause du fondement puisque c'est
une alternative. Donc, mécaniquement, il est difficile de faire
bouger la situation. Seule une volonté politique de faire
reculer la part du nucléaire civil dans le bouquet
énergétique permettrait de faire émerger des
alternatives. Développer les renouvelables sans faire reculer le
nucléaire est une utopie.
Fragilité
Le système énergétique français est fragile
aux attaques extérieures à cause de sa centralisation :
quelques bombes conventionnelles bien ciblées suffiraient
à le déstabiliser, à priver de chauffage des
millions de gens en hiver, à priver de lumière, de
stockage de médicaments dans du froid en été, etc.
La pauvreté de la diversité des sites de production rend
le système très vulnérable. Bien sûr, on dit
que c'est prévu par la stratégie de Défense
Nationale. Mais ce qui est prévu, c'est de faire fonctionner les
postes stratégiques, pas de secourir une population qui ne
serait livrée qu'à elle-même, sans ressources
énergétique puisque celle-ci est centralisée.
L'étroite
liaison avec le nucléaire militaire complique les choses
La doctrine française conçoit le nucléaire
militaire et le nucléaire civil comme indissociables. La
stratégie des militaires est de faire croire que la politique
énergétique civile est un fondement indispensable pour la
stratégie de Défense Nationale. Or, c'est faux puisque si
la stratégie de Défense Nationale repose sur la
dissuasion nucléaire, le plutonium militaire fût
déjà fabriqué par des piles à plutonium
dans les années 60 : il n'y a pas besoin de faire de
l'électricité pour fabriquer du plutonium, une
réaction de fission seule suffit. Qui plus est, le plutonium est
déjà un élément abondant sur Terre,
malgré le fait qu'il n'existe que par le maniement des armes de
destruction massive par les hommes.
Le problème général du système est qu'il
restreint la liberté individuelle et celle des
collectivités de choisir un mode de production / consommation
d'énergie différent du tout-électrique
tout-nucléaire.
La
société des mensonges
Le Ministère de la Santé, qui est censé nous
portéger, a menti sur les retombées du nuage radioactif
de Tchernobyl. Au lieu de protéger les individus, le
Ministère de la Santé a protégé l'industrie
nucléaire en faisant prévaloir le risque de panique -
comment si les autres peuples européens avaient paniqué
à l'annonce des mesures de préventions prises dans leurs
pays - sur l'annonce de la vérité.
Pendant 20 ans, le Ministère de la Santé n'a
commandé aucune enquête épidémiologique
digne de ce nom sur les conséquences du passage du nuage de
Tchernoby. Un seul enfant a été examiné
officiellement. Pire, les nucléocrates affirmaient que le nombre
de cancers de la thyroïde avait augmenté avant l'accident
de Tchernobyl... Sauf que les chiffres n'était calculés
que sur la morbidité thyroïdienne et sur UN SEUL
département : voilà comment on dégage des
conclusions au Ministère de la Santé.
En mars 2006, l'Assemblée de Corse a commandité une
enquête indépendante
sur les conséquences du passage du nuage de Tchernobyl. Le seul
moyen de connaître la vérité est en effet pour eux
de ne plus s'appuyer sur le Ministère de la Santé, ni sur
les institutions en général, qui sont toutes
gangrénées par une chape de plomb et de silence.
Exactement comme la pédophilie, le mal interne ronge la
société de l'intérieur et le silence est l'ennemi
de la vérité. Pourtant il est facile de constater que la
radioactivité artificielle disséminée ne peut
qu'augmenter les risques de cancer. Il suffit de connaître les
effets de la radioactivité sur le corps humain.
Haut de
page
Sur
l'indépendance énergétique
Comment
est calculée l'indépendance énergétique ?
C'est un pourcentage,
c'est-à-dire une division, établie chaque année
par la DGEMP (Direction Générale de l'Energie et des
Matières Premières) et incluse dans le bilan
énergétique national, cela depuis 1974, date du choc
pétrolier volontairement créé par les pays de
l'OPEP.
L'indicateur prend en compte
l'énergie primaire, c'est-à-dire l'énergie
contenue dans les matières premières, telles que la
nature nous les donne : pétrole brut, gaz naturel, houille,
charbon, uranium naturel. On considère les deux valeurs :
- la quantité d'énergie primaire produite sur
le sol national français,
- la quantité d'énergie primaire
consommée sur le sol national français.
L'indicateur
"indépendance énergétique" est calculé par
la division de la première valeur par la deuxième.
Exemple :
Extrait du bilan énergétique 2004 (http://www.industrie.gouv.fr/energie/statisti/pdf/bilan2004.pdf)
pages 6 et 7 :
- Energie primaire produite sur le sol national en 2004 :
138,1 Mtep
- Energie primaire consommée en 2004 : 276,2 Mtep
- Indépendance énergétique = 138,1 /
276,2 = 0,501
Donc la DGEMP dit dans son
bilan 2004 : "l'indépendance énergétique est de
50,1%".
Elle détaille
l'énergie primaire produite sur le sol national par type
d'énergie. Et l'on constate que sur 138,1 Mtep produites sur le
sol national, 116,8 Mtep sont de l'énergie primaire contenue
dans l'uranium naturel. Ainsi, si l'on regarde la part de
l'énergie primaire uranium produite sur le sol national dans la
totalité de l'énergie primaire consommée en 2004,
on obtient 116,8 / 276,2 = 42,3%.
Première
remarque sur l'indépendance énergétique
La DGEMP considère que
l'uranium
naturel est une énergie produite sur le sol national. Mais la
totalité
de l'uranium naturel est importé par Areva du Nigéria, du
Canada, et
d'Afrique du Sud. C'est donc une indépendance somme toute
très relative, relative aux combustibles fossiles plus
exactement.
Comptabilisation de
l'énergie finale
Depuis 2002, la France est obligée de respecter des
normales internationales pour comptabiliser publiquement son
énergie et ceci l'oblige à montrer les chiffres en
énergie finale.
L'énergie finale, c'est l'énergie qui est
consommée "aux compteurs". Pour le pétrole, c'est
l'énergie consommée aux pompes à essence, pour
l'uranium, c'est l'énergie électrique consommée au
compteur EdF. Entre energie primaire et énergie finale, il y a
le rendement des systèmes de production, de raffinage et de
distribution. L'énergie finale, en quelque sorte, ce sont les
besoins des consommateurs d'énergie, à leurs compteurs.
La DGEMP dans son bilan 2004 donne ainsi les chiffres de consommation
d'énergie finale, chapitre 5, pages 15-20.
- Consommation d'énergie finale en 2004 : 161,2
Mtep
- Consommation de combustibles fossiles en
énergie finale 2004 : 114,7 Mtep
- Consommation d'électricité finale en
2004 : 36,1 Mtep
- Consommation d'énergie renouvelable thermique
finale 2004 : 10,4 Mtep
Deuxième
remarque sur l'indépendance énergétique
Nous pouvons calculer la part
de l'électricité nucléaire finale dans la
totalité de l'énergie finale consommée, afin de
comparer avec le chiffre en énergie primaire qui est de 42,3%.
Le bilan 2004 dit que 78% de
l'électricité produite provient de l'uranium. Ce rapport
doit se retrouver dans l'électricité finale
consommée au compteurs. Alors la consommation
d'électricité nucléaire finale en 2004 est de 36,1
* 0,78 = 28,158 Mtep. Sur un total de 161,2 Mtep d'énergie
finale consommée en 2004, l'électricité
nucléaire représente donc 28,158 / 161,2 = 17,5 %.
L'utilisation
et l'interprétation des chiffres par les hommes politiques
Les hommes politiques
véhiculent volontiers des affirmations du genre :
- le nucléaire procure l'indépendance
énergétique de la France
- 40% de notre énergie est assurée par le
nucléaire
Le lecteur aura constaté de lui-même que ces
affirmations sont plutôt vraies si l'on raisonne en
énergie primaire tandis qu'elles sont plutôt fausses si
l'on raisonne en énergie finale, c'est-à-dire au niveau
des besoins des consommateurs. On peut par contre affirmer que
- le nucléaire
procure une
indépendance vis-à-vis des énergies fossiles pour
fournir de l'électricité.
Haut de
page
Sur le réchauffement climatique
Le
nucléaire n'est PAS une solution au réchauffement
climatique pour son
faible dégagement de CO2". Il semblerait
qu'il faille absolument préciser que cette affirmation ne
constitue pas une négation du problème de
l'évolution
du climat : alors nous le précisons.
Résumé
: Est-il besoin de le rapeller, tant le
matraquage médiatique est fort depuis 2003, pour produire de
l'électricité, l'électro-nucléaire
dégage
moins de CO2 que les combustibles fossiles, beaucoup moins. Pour
autant, on ne saurait dire à quel point la politique
énergétique française est erronée si elle
vise à utiliser davantage le nucléaire.
Première nuance
: qu'est-ce que cela
change ?
Qu'est-ce
qui montre que l'humanité
ne va pas épuiser totalement les réserves de
pétrole,
de gaz et de charbon ? Rien. Que pèse le système
tout-électrique tout-nucléaire français dans le
concert mondial de l'épuisement des combustibles fossiles ?
Des clous.
Pour autant
ce n'est certes pas une
raison de se comporter comme des sauvages vis-à-vis du
dégagement de CO2, mais au moins que ce soit dit pour ceux qui
font de la peur des ouragans un commerce : les ouragans seront
là
- ils seront peut-être dû au réchauffement global
mais nous n'en sommes pas certain aujourd'hui sur le plan
scientifique -, ou ils ne seront pas là, nucléaire
civil ou pas nucléaire civil.
Autrement
dit, tout ce que l'on peut
dire sur les problèmes du changement climatique, cela va
arriver, que l'on développe 100 centrales nucléaires,
50 centrales nucléaire ou zéro centrales
nucléaires.
Deuxième nuance
: quels sont les risques
réels évitables ?
Le
changement climatique est
inévitable. On ne sait pas prédire exactement les
conséquences mais cela peut être vraiment
déstabilisateur. La
combustion d'hydrocarbures fossiles
extraits des sols est le premier facteur d'accroissement de la teneur
en CO2 et du réchauffement.
Parmi les
conséquences
envisagées, il y a les phénomènes climatiques
exceptionnels. On ne sait pas le prouver aujourd'hui avec les
modèles
mathématiques et les ordinateurs mais on peut supposer que
l'accroissement des ouragans observé dans le Golfe du Mexique
en 2005 est provoqué par le réchauffement global de la
planète.
L'un des
incidents nucléaires
les plus graves qu'ait connu l'exploitant EdF s'est produit pendant
un phénomène climatique exceptionnel : la tempête
de décembre 1999. Les 27 et 28 décembre 1999, les
opérateurs de la centrale du Blayais sur l'estuaire de la
Gironde ont vu le niveau de l'eau monter sans pouvoir rien y faire.
Le coefficient de marée était ce soir-là de 70.
S'il avait été de 120, l'eau aurait
pénétrée
au coeur du réacteur, ce dernier partant alors en fusion
incontrôlée et ca aurait été l'accident
majeur de type Tchernobyl à Bordeaux.
Le
réchauffement peut accroître
ces phénomènes et donc la gravité de ces
incidents nucléaires. Il y a en France 58 réacteurs
construits au fil de l'eau. La construction d'un 59è a
débuté.
Le
système centralisé
électro-nucléaire de chauffage des habitations (30% de
l'électricité produite) est très vulnérable
en cas de phénomène climatique exceptionnel en plein
hiver. De nombreux ménages et bureaux peuvent se retrouver
dans l'incapacité de se chauffer.
Le risque
d'accident nucléaire
de type 'fusion de réacteur' est évitable. En France
nous pouvons réduire considérablement ce risque, il y a
plein d'avantages, l'indépendance énergétique,
les emplois, le développement, l'environnement, la
pérennité.
Troisième nuance
: les énergies
renouvelables participent à Kyoto
Le
réseau électrique
métropolitain dégage en moyenne annuelle 0,12 kg de CO2
/ kWh (source MIES 2002) ou 0,054kg de CO2/kWh selon EdF (source EdF
2005). L'opérateur EdF satisfait la demande en
électricité
par des centrales thermiques lors des pics de demande.
Production brute d'électricité
thermique en 2004 : 58 TWh
Production brute d'électricité
hors exportations en 2004 : 510 TWh
Part du
thermique dans la production
consommée en France : 11,3% (notons que Patrick Ollier,
député
UMP des Hauts-de-Seine, après avoir déposé des
amendements à la loi d'orientation sur l'énergie en
mars 2005, amendements qui auraient eu pour conséquences de
supprimer la filière éolienne , a annonçé
le chiffre faux de 5% dans Le Figaro daté du 26 mars 2005).
L'éolien,
le photovoltaïque, la cogénération à partir
de biomasse participent à éviter ce dégagement
de CO2. Car la puissance des turbines à gaz
particulièrement
peut être réglée de manière fine et
évoluer rapidement. Les productibles éolien et solaire
sont certes intermittant mais prévisibles assez longtemps
à
l'avance pour anticiper le réglage des centrales thermiques.
Par
exemple, si 1 kWh de photovoltaïque remplace 1 kWh de charbon,
alors ce sont environ 1000 g de CO2 qui sont économisés.
Il n'est pas
rare de rencontrer des
gens obnubilés par le réchauffement climatique, pensant
que le nucléaire est une solution, rejettant l'idée
d'un bouquet énergétique mixte avec éolien et
photovoltaïque. Force est de constater qu'à défaut
de cohérence, ils possèdent des convictions dans tous
les sens.
Quatrième nuance
: c'est une question : et
la chaleur ?
La part de
réchauffement global
planétaire dûe au dégagement de chaleur des
hommes et de ses activités apparaît infiniment plus
petite que la part du même réchauffement climatique
dûe
aux gaz à effet de serre. Mais nous nous sommes posé la
question quand même.
Etant
donné les chiffres de
l'énergie primaire échangée dans le monde en
2003, publiés par l'IEA, International Energy Agency, le
dégagement de chaleur des 6,3 milliards d'humains avec ses
utilisations d'énergie primaire s'est élevé
à
74000 TWh, ce qui n'est pas grand chose quand on compare avec la
chaleur reçue du soleil. Mais pour un îlot de chaleur
comme Paris, il y aurait un dégagement de chaleur de 4,6
W/m²,
chiffre qui est à comparer avec le dégagement de
chaleur sensible sur la Terre entière : 20 W/m². Ceci
n'est peut-être plus du tout négligeable.
"Avant de
prendre en compte
dans les modèles climatiques globaux (travaillant
généralement
sur des échelles spatiales de l'ordre de 100 km) ces
perturbations des flux locaux ou régionaux, il reste beaucoup
de travail à faire sur d'autres questions plus importantes.
Peut-être les japonais vont-ils les aborder avec leur "Earth
Simulator".
Robert
Kandel, LMD Paris.
Correspondance, sept 2005.
Dans tous
les cas, aucun modèle
climatologique en 2005 ne prend en compte les îlots de chaleur
des hommes aujourd'hui, il y a encore beaucoup de travail sur la
simple mise en équation des phénomènes
climatiques globaux.
Cinquième nuance
: un rappel
Nous
rappellons au passage que parmi
les scénarii envisagés par les équipes qui ont
planché sur les solutions pour faire face au
réchauffement
climatique lors du passage de D. Voynet au Ministère de
l'Environnement (1997-2002), seul le scénario S3 basé
sur les économies d'énergie permet de réduire
les émissions de CO2. Les scénarii où l'on se
base sur le nucléaire pour réduire les émissions
montrent une augmentation, exactement le contraire de ce qui est
voulu.
Le
nucléaire non seulement
incite à la consommation d'énergie, mais il y oblige.
Conclusions
Considérant
que le changement
climatique est inévitable, que les dangers qu'il fait peser
sont incertains, qu'une politique énergétique
basée
sur le nucléaire ne changera rien à l'évolution
du climat, que le système énergétique
français
basé sur le nucléaire est fragile face aux
phénomènes
climatiques exceptionnels, le nucléaire apparaît comme
une solution particulièrement inadaptée.
Afin de
faire face aux dangers,
phénomènes climatiques exceptionnels et accidents
majeurs nucléaires qu'ils peuvent engendrer, il vaut mieux
envisager des solutions énergétiques plus
légères
car décentralisées, plus souples et moins
risquées,
qui donneraient à la France une indépendance
énergétique structurelle en profondeur, une marge de
manoeuvre importante face aux dangers tout en garantissant la
pérennité environnementale sur le long terme.
Afin de
doter la France d'une capacité
de reconfiguration énergétique rapide dans un avenir
incertain par rapport à ses dangers, il vaut mieux envisager
une sortie du nucléaire, au moins partielle, et le plus vite
possible.
Etant
donné que le développement
décentralisé des systèmes
énergétiques
pour des besoins locaux assumés est techniquement faisable
avec les moyens actuels, motivant pour les populations, et
fécond
en termes économiques, il est possible revenir sur les
décisions d'implantation des EPR. Cet objectif ferait date
dans l'histoire de l'humanité, sachant que la France serait
considérée comme la première Nation de puissance
nucléaire à établir un système
énergétique souple et structurellement adapté
aux incertitudes du climat.
Dans tous
les cas, défendre
l'idée que l'électro-nucléaire est une solution
au changement climatique est fortement nuancé, par le fait
qu'un tel système est d'une lourdeur et d'une dangerosité
exagérées face à des dangers incertains pour
lesquels il convient de se réserver, et de se doter d'une
possibilité de reconfiguration énergétique.
Enfin, il
faut souligner que le
nucléaire empêche les énergies renouvelables de
se développer concrètement et de manière
massive. Sur les chauffe-eau solaires thermiques par exemple, comment
envisager de les developper sans réduire la part de
marché
du nucléaire nocturne ? Tant qu'il ne sera pas dit clairement
en termes chiffrés qu'un des objectifs est de remplacer du
nucléaire par des renouvelables, comment croire que la
consommation va baisser ?
Haut de
page
Un peu sur l'espérance énergétique
Le terme "espérance
énergétique" est repris ici du livre de Jean-Luc Perrier "Energie Solaire - Etat actuel des
applications" Editions Techniques et Scientifiques
Françaises. C'est le titre du premier chapitre du livre,
écrit en 1981. Ce n'est donc pas nouveau.
Le soleil directement ou indirectement via la biomasse ou le vent peut
fournir une grande partie des besoins humains sur la planète. Les avantages par
rapport aux énergies fossiles et nucléaires sont nombreux
: indépendance énergétique, prix inférieur,
impact minimal sur l'environnement naturel, emplois. Mais pour un pays
comme la France, cela semble aller contre le confort du
tout-électrique, en apparence seulement.
La progression des énergies renouvelables ne passe pourtant que
par une diminution de la part de l'électricité
nucléaire consommée. Aujourd'hui, on trouve un cumulus
électrique
à 100€ dans toute grande surface spécialisée. Le
jour où l'on trouvera le chauffe-eau solaire à 500€ dans
ces mêmes grandes surfaces, alors il y aura un réel
changement.
Cette diminution de consommation d'électricité n'est
cependant pas
une diminution de confort, comme déjà
énoncé dans la rubrique "C2E - Accueil" puisque
l'ensemble confort énergétique et confort environnemental
ne bouge pas.
EdF
pourrait s'appeler
"Energies de France", pourrait
vendre de la chaleur via des réseaux de chaleur d'un
côté et continuer de vendre de l'électricité
de l'autre côté. L'entreprise depuis 30 ans doit faire
face aux nombreux problèmes de fourniture
d'électricité à grande échelle. Durant
l'hiver rigoureux 2004/2005, elle a du faire venir des groupes
électrogènes en Corse pour faire face à la
demande. Si les chauffages solaire, et au bois étaient
développés, par EdF entre autres, dans l'île de
beauté, ces problèmes d'approvisionnement
complémentaires en pétrole n'existeraient pas.
Citons Jean-Luc Perrier dans son livre, page 30 : "L'énergie solaire ne concurrence
pas l'énergie nucléaire, elle l'économise".
Haut de
page
Sur
les unités
Sur les
multiplicateurs :
10^
|
3
|
6
|
9
|
12
|
prefixe
|
kilo
|
mega
|
giga
|
tera
|
abréviation
|
k
|
M
|
G
|
T
|
X
|
000
|
000
|
000
|
000
|
Par exemple :
1 kW = 1 000 W
1 MW = 1 000 kW = 1
000 000 W
1 GW = 1 000 MW = 1
000 000 kW = 1 000 000 000 W
1 TW = 1 000 GW = 1
000 000 MW = 1 000 000 000 kW = 1 000 000 000 000 W
Sur les unités d'énergie :
1 Wh = 3600 J
1 kWh = 3,6 MJ
1 tep = 11620 kWh
1 Mtep = 11620 GWh =
11,62 TWh
1 J = 9,478.10^(-19)
quad
1 quad = 293 TWh
1 calorie = 4,187 J
Le Joule est l'unité internationale.
Haut de
page
Quelques
repères
en électricité résidentielle
Ce graphique est le
résultat d'une étude d'une famille de
4 personnes qui ne chauffe pas à l'électricité
mais qui possède un cumulus électrique. L'eau chaude
sanitaire représente 58% de l'électricité
consommée dans une année.
La puissance
électrique nécessaire à cette habitation totalise
17000 W ou 17 kW. Comme jamais tous les appareils sont en marche en
même temps, une puissance de 6 kVA est souscrite. Mais l'on voit
que 63% de la puissance appelée par ce logement (11 kW) est
dû à des appareils qui procurent de la chaleur.
Le cabinet Olivier
Sidler a publié
des résultats d'une étude financée en partie par
l'ADEME et l'Europe,
montrant la répartition des usages de
l'électricité dans le logement
résidentiel. Des capteurs ont été installés
dans des foyers et les
relevés ont été collectés et
rassemblés dans un graphique instructif
(2003). Voir à ce sujet les résultats publiés http://sidler.club.fr/page9.html.
On peut voir publiés dans Clefs CEA
n°50/51 hiver 2004-2005, les
chiffres suivants, concernant la répartition des usages de
l'électricité dans le logement en France :
- Chauffage
: 34%
- Eau
chaude sanitaire :
15%
- Eclairage
: 10%
- Froid
: 10%
- Lavage
: 10%
- Cuisson
: 8%
- Produits
bruns
(électroménager, électronique) : 7%
- Autres
: 6%
Si à
partir de
ces
données, nous regroupons le chauffage, l'ECS, le lavage (car la
majeure partie de l'électricité consommée sert
à chauffer l'eau), et la cuisson dans un groupe nommé
"chaleur", alors l'électricité qui sert à faire de
la chaleur représente 67% de la consommation moyenne des
ménages dans le logement résidentiel.
Un cumulus électrique de 200l (4 personnes), réglé
à 55°C, consomme environ 2800 kWh / an . En installant un
chauffe-eau solaire couvrant 75% des besoins annuels (cela
dépend du climat de la région), la consommation
électrique du cumulus tombe à 700 kWh / an.
A partir du moment où l'on dispose d'un chauffe-eau solaire
à 75% de couverture annuelle, il devient intéressant -
financièrement parlant - de souscrire une puissance de 3kVA au
compteur au lieu de 6kVA si l'on est en dessous des 2000 kWh/an de
consommation électrique en heure pleine. Ce calcul a
été réalisé à partir de l'argus des
énergies avril 2005 publié par le cabinet Olivier
Sidler.
Haut de
page
Une
simulation des besoins en 2023
Avertissement : ce qui
suit
est une façon de voir les choses, qui ne tient pas compte des
besoins éventuels en électricité pour le transport
: véhicules électriques et production d'hydrogène.
En partant des données
énergétiques de 2003 (Bilan
énergétique 2003 de la France, Direction
Générale de l'Energie et des Matières
Premières), nous
pouvons estimer les besoins en
2023 dans le cas où :
- il
serait
envisagé de
transférer la moitié du chauffage électrique en
20 ans vers des renouvelables,
- il
serait
envisagé de
diminuer le reste de consommation d'électricité de 50%.
La production
d'électricité en 2003 a été de 566,9 TWh
(page 9). La consommation d'électricité finale,
c'est-à-dire celle comptabilisée aux compteurs de
consommation des clients s'est élevée à 35,5 Mtep,
soit 412,5 TWh (page 17).
Réalisons maintenant
la simulation : en 2023,
- nous
aurions
éliminé la moitié du chauffage électrique,
qui représente aujourd'hui environ 30% de la consommation
d'électricité ; l'économie en
électricité serait de 412,5 * 0,15 = 61,8 TWh.
- nous
aurions
diminué de moitié le reste de la consommation
électrique, l'économie en électricité
serait de (412,5 * 0,7) / 2 = 144,4 TWh.
- Au
final, en 2023, les
besoins aux compteurs d'électricité seraient de (412,5 -
61,8 - 144,4) = 206,3 TWh.
Il faut tenir compte
du
rendement
de distribution (pertes en lignes, dans les transformateurs) que nous
prenons à 0,85. Donc, à partir de ces 206 TWh de besoins
en électricité aux
compteurs, il faudrait 206/0,85 = 242 TWh d'électricité
en sortie d'usine de production.
En 2003, hydraulique/éolien/photovoltaïque ont produit 65,2
TWh. Supposons raisonnablement que ce chiffre atteigne 100 TWh en 2023
(hypothèse faible),
il resterait à fournir 142 TWh d'électricité en
sortie d'usine.
Supposons que des centrales de cogénération (production
simultanée de chaleur et d'électricité), à
gazéification de bois par exemple (comme chez XyloWatt, en Belgique), se
développent. Un telle usine de puissance 500 kW
électrique peut fournir environ 4 GWh d'énergie
électrique par an (91% de disponibilité). Si 1000 usines
comme celle-ci s'implantent en France, elles produiraient 4 TWh/an, ce
qui ne permet pas de satisfaire les besoins de 142 TWh.
Reste donc les centrales thermiques, à combustible fossile ou
nucléaire. Un réacteur nucléaire de puissance 1300
MW produit environ 10 TWh d'énergie électrique par an.
Aussi, en comptant 4 réacteurs pour l'auto-consommation, il
faudrait 142/10 + 4 = 18 réacteurs nucléaires de 1300 MW.
Aujourd'hui, il y a 58 réacteurs nucléaires
installés sur le sol français : 3 fois plus que ce qu'il
ne faudrait dans ce scénario, qui, répétons-le, ne
tient pas compte d'éventuels besoins en
électricité pour les transports (véhicules
électriques et production d'hydrogène). Il n'y aurait pas
d'URGENCE de construire de nouveaux réacteurs comme l'EPR mais
de mettre les crédits sur les renouvelables qui satisfont les
besoins en chaleur.
Ce scénario est construit sur l'hypothèse de transférer
l'électricité pour faire de la chaleur vers des
renouvelables. Cela se
justifie pour de plusieurs raisons : prix, indépendance
énergétique, environnement, et emplois. C'est un
scénario plutôt réaliste qui consiste simplement
à
- développer
les
systèmes de chauffage et d'eau chaude à partir du soleil,
du bois et de la géothermie, et
- et
se munir d'appareils
électriques économes en énergie.
Pour mieux
comprendre
les
scénarii alternatifs et crédibles au tout
nucléaire, voir la page de l'association des Nega Watt : http://www.negawatt.org.
Haut de
page
Les
économies de puissance, c'est quoi ?
Juin 2005.
Cette puissance max que nécessitent 2 millions de
cafetières électriques fonctionnant en même temps
est :
- 2 millions * 1kW = 2
millions de kW,
- ou encore 2000MW,
- ou encore
l'équivalent en puissance à 2 réacteurs
nucléaires de 1000MW chacun.
Cela ne veut pas
forcément dire qu'en abandonnant 2 millions de
cafetières, nous pouvons fermer 2 réacteurs. Cela
signifie qu'EdF doit trouver de nouveaux clients pour son
électricité nucléaire. Mais pas dans n'importe
quelles conditions.
***** Simulation : 2 millions
de cafetières électriques ne sont plus utilisées
Disons que 2 millions de
cafetières électriques tournent entre 7h00 et 7h30 le
matin, habituellement. Puissance installée nécessaire :
2000MW. Energie consommée : 2 000 000 * 0,180kWh * 300
utilisations/an = 108 000kWh = 108 MWh. Dans un premier temps, si des
centrales thermiques ou hydrauliques sont en marche on pourrait les
arrêter pendant 1/2 heure. Mais le mieux en fait, pour EdF, c'est
de trouver des clients qui consomment à ce moment-là
cette électricité.
1. La Tchéquie est en
plein boum (les tchèques, c'est plus tendance que les polonais
:-)), les tchèques achètent des cafetières
électriques et des accords peuvent être passés avec
la France pour fournir de l'électricité : c'est l'Europe
et ses orientations, ses autoroutes de l'électricité.
C'est le scénario ou les efforts des citoyens français
seuls ne réussissent pas à faire fermer des centrales.
2. On a pas les autoroutes,
il faut agir sur la consommation intérieure. Les citoyens
malheureux de ne plus appuyer sur un bouton (mais attendez, la
cafetière à granulés de bois arrive!) compensent
leur frustration par la dépense en systèmes
électroniques individuels, ce qui est un secteur des
consommations d'électricité en augmentation de volume. Un
ordinateur portable a une puissance de 30W environ. Pour compenser la
perte entre 7h et 7h30 avec des portables, il faudrait
108000kWh/0,030kW = 3600000 heures = à 30W = 1800000 demi-heures
à 30W = 1,8 millions d'ordinateurs portables allumés
entre 7h et 7h30 le matin.
Donc:
Pour remplacer
l'énergie de 2 millions de cafetières de 7h à
7h30, il suffirait de 1,8 millions d'ordinateurs portables. C'est
sûrement faisable quand on connaît les moyens publicitaires
d'EdF et ses relations.
Mais regardons aussi la
puissance électrique nécessaire à disposer :
- 1 cafetière : 1000W
- 1 ordi portable : 30W
Une cafetière
nécessite du réseau une puissance 33 fois plus grande que
celle d'un ordi portable. (*) Remarque pour les tordus à la fin.
***** C2E
L'idée des
*économies de puissance*, c'est cela. C'est vrai que les
économies d'énergies, c'est bien. J'ai envie de dire que
cela ne suffit pas.
Bien souvent dans la
réalité, les économies de puissance riment avec
baisse du confort énergétique. Le fer à repasser :
de 50W dans les années 50, on est passé à 2000W
dans les années 2000. C'est plus rapide à 2000W : vous
branchez et hop, c'est
chaud. C'est ce que j'appelle le *confort énergétique*.
Mais si dans le même
temps qu'on baisse le confort énergétique avec des
économies de puissance, on peut gagner en confort
environnemental, alors la somme des deux conforts n'a pas bougé.
En abandonant ma cafetière électrique il y a quelques mois, je vise à
ce confort énergétique de ne plus avoir le risque
d'accident majeur sur l'environnement et les déchêts. Je
suis prêt à faire ce marché là : baisser mon
confort énergétique mais augmenter mon confort
environnemental.
***** Economies
d'énergie
En supprimant 2 millions de
cafetières électriques, on économise donc
0,180kWh/utilisation * 300 utilisations/an * 2 millions = 108 MWh/an.
Une unité à Golfech produit environ 8 milliards de kWh =
8000 GWh = 8 000 000 MWh. Donc, l'économie des cafetières
représente 0,00135 % de la production d'un réacteur de
Golfech. Bof hein ?
***** Economies de puissance
En supprimant 2 millions de
cafetières électriques, en considérant qu'elles
s'allumaient en même temps, on économise une puissance max
installée de 2 millions * 1kW = 2 millions de kW = 2000 MW. La
puissance nominale d'un réacteur
à Golfech est de 1300MW. On économise donc en puissance
154% d'un réacteur de Golfech ou 77% de la totalité de
cette centrale. C'est mieux comme çà ?
*Conclusions
Voilà, je pense que
c'est un peu lourd, mais au moins j'en ai dit une bonne partie. Il ne
faut pas conclure de cela à l'abandon des économies
d'énergie, loin de là. C'est juste que je trouve que l'on
ne parle pas assez d'économie de puissance.
HYPOTHESES
- Puissance max d'une
cafetière : 1kW
- Temps de fonctionnement
à 1kW = 10 minutes environ.
- Puissance moyenne d'un
réacteur : 1000MW = 1 million de kW
- Nombre de cafetières
électriques transférées aux granulés de
bois ou au gaz : 2 millions. C'est très probablement une
hypothèse basse car il y a beaucoup plus d'appareils en service.
Il y en a dans les foyers mais aussi dans les entreprises, les
administrations, partout. De surcroît et en outre, de nombreux
appareils comme les expresso, tirent jusqu'à 2kW.
- Un récepteur
électrique n'est rien sans un générateur, cela va
de soi. Mais aussi, un générateur électrique n'est
rien sans un récepteur : faites tourner une éolienne sans
rien qui consomme l'électricité derrière, de la
fumée va sortir de la nacelle ! La génératrice
-> poubelle !
- EdF a la
responsabilité d'assurer la puissance infinie du réseau :
il ne doit jamais "tomber" parce que la puissance appelée par
les récepteurs serait supérieure à la puissance
produite et distribuée. La régulation du surplus en
France est assurée par
les exportations : si nous ne consommons pas assez,
l'électricité passe les frontières jusqu'à
trouver un récepteur.
- EdF peut calculer la
probabilité que toutes les cafetières soient en
fonctionnement en même temps mais de toutes façons, ici,
nous considèrons que l'opérateur fournit la
totalité de la puissance max des cafetières, comme si
toutes ces passeuses de
café s'allumaient au même moment 24h/24.
(*) Remarque
De 7h à 7h30 le matin
dans notre simulation, les 1 million de cafetières
nécessitent une puissance installée de 1000000*1kW = 1000
MW, tandis que les ordis nécessitent 3000000*30W = 90 MW, soit
11 fois moins. Tiens ! bizarre ; là-haut on avait 33 fois, ici
11 fois. C'est normal, nous avons pris une équivalence en
Energie et non pas en Puissance : de 7h à 7h30, une
cafetière fonctionne 10min à 1kW et l'ordi 30min à
30W d'o=F9 un facteur 3 entre ratio
des puissances
totales.
Haut de
page
Le
procès de M. Toupet V.
Juillet 2005.
M. Toupet V. est un poète qui voulait par souci de
pédagogie évoquer l'idée de faire de l'eau chaude
avec
du photovoltaïque et aborder le problème de son financement
par la collectivité. Mais il a fini par déranger et on
lui a fait son procès. Comme j'y étais, je vous
retranscris le compte-rendu de
l'audience.
|